Francine Pfeffer nous offre ce magnifique calendrier de l’Avent qui nous fera faire un tour du monde des plus belles nativités peintes.
Dimanche 29 Novembre : Jour 1
au musée de Solsona (Espagne)

Ce panneau de bois peint du 12ème siècle, d’un auteur inconnu, se trouve au musée diocésain de Solsona (Espagne). Les deux lits sont comme superposés, en raison de l’absence de perspective : celui du bas ressemble à un trône, celui du haut semble flotter. On distingue deux trilogies de personnages : au premier plan, Marie couchée, comme une femme qui vient d’accoucher et comme il est de coutume de représenter la scène dans la tradition byzantine. Joseph est pensif, dépassé; l’ange témoigne du mystère de l’incarnation. Au second plan, Jésus (visage d’adulte avant l’heure) est veillé par le bœuf et l’âne. Le bœuf est souvent plus près de Jésus que l’âne; pour les Pères de l’Eglise, le bœuf représente les juifs, il peut être offert en sacrifice, l’âne représente les païens (plus tard, cette interprétation symbolique s’inversera). Nous pouvons admirer la dominante de couleurs chaudes, la puissance du trait de cette composition élaborée.
Lundi 30 Novembre : Jour 2
au musée de Barcelone


L’œuvre d’aujourd’hui est un devant d’autel du 13ème siècle, en bois, qui se trouvait autrefois dans l’église d’Avia en Espagne et que vous pouvez admirer aujourd’hui au musée national d’art de Catalogne à Barcelone.
Il fait partie d’un retable : autour de la Vierge en majesté, quatre « compartiments » avec les événements des récits de l’enfance de Jésus : Annonciation et Visitation, dans la même case, puis Nativité, Adoration des mages et Présentation au Temple.
Cette fois, les personnages, vêtus à l’orientale, sont regroupés : Joseph reste pensif, Jésus est un enfant et non un nourrisson, Marie, semi allongée, regarde l’Enfant et esquisse un geste vers lui.
C’est toujours le bœuf qui est le plus près de Jésus…
Mardi 1er Décembre : Jour 3
au musée de Washington

L’œuvre du jour se trouve à Washington, à la National Gallery of Art, elle est toute petite (en taille !) : 43,5 X 44,5cm, mais cette fois, on en connaît la date d’exécution : entre 1308 et 1311
et surtout le peintre qui l’a exécutée : Duccio di Buoninsegna, illustre peintre siennois.
Ce qui vous a certainement frappé, c’est la profusion de personnages : Marie occupant tout le centre du tableau, toujours semi-allongée à la manière byzantine, drapée dans un ample manteau
bleu ; Jésus a, cette fois, la taille d’un nourrisson ; Joseph reste en retrait; s’ajoutent à la scène le bœuf et l’âne, mais aussi des anges, des bergers (et des moutons, un chien aussi) et au premier plan, une scène annexe : deux femmes baignant un enfant ; ce sont les sages-femmes décrites
dans un texte apocryphe (non reconnu par l’Eglise) et l’Enfant, c’est bien Jésus, présent deux fois dans le tableau et identifiable à son auréole, comme les autres saints personnages.
Le ciel est encore doré, mais un décor se met en place : une montagne, des rochers et un abri surmonté d’une toute petite étoile…
Mercredi 2 Décembre : Jour 4
à la chapelle des Scrovegni à Padoue

Avec cette fresque de Giotto datant de 1303-1306, nous quittons le monde byzantin : plus de fond or, mais un ciel nocturne, un décor de rochers, un petit abri.
Il s’agit en fait d’une Nativité doublée de l’Annonce aux bergers : Les anges annoncent la bonne nouvelle aux bergers à droite, accompagnés de leur troupeau.
Marie allongée se tourne vers l’Enfant, le regarde, s’apprête à le prendre dans ses bras. Joseph pense ou dort. Le bœuf et l’âne sont près de Jésus à côté de la crèche-mangeoire où est couché le nouveau-né. Remarquez que l’âne, ici, se détourne de l’Enfant, annonçant le rejet du Messie par son peuple.
Cette fresque fait partie du cycle de peintures de la chapelle des Scrovegni à Padoue.
Jeudi 3 Décembre : Jour 5
à la Gemäldegalerie de Berlin

Ce détail d’un petit panneau de 33 X 24 cm, daté des années 1340-1350, se trouve à la Gemäldegalerie de Berlin.
Son auteur est connu sous le nom de Maître de la Nativité de Berlin. Autant dire qu’on ne sait pas grand chose de lui !
L’anatomie, les proportions ne sont pas respectées, mais le peintre a su parfaitement rendre la sérénité et la tendresse de la scène. Marie, cette fois, ne se contente plus de regarder son nouveau-né ou de tendre les bras vers lui ; elle le serre dans ses bras.
Joseph est toujours pensif, mais il n’est plus extérieur à la scène.
La scène s’humanise…
Vendredi 4 Décembre : Jour 6
à la cathédrale de Köln

Cette scène, pleine de tendresse fait partie d’un immense et magnifique retable de 1350 environ qui se trouve aujourd’hui dans la cathédrale de Köln.
Quel chemin parcouru depuis les représentations hiératiques du 12ème :
Le bœuf et l’âne sont sagement à l’arrière plan, Marie et Joseph sont ensemble, en prière, en adoration devant leur fils.
Ce qui fait tout le charme – et la profonde humanité – de la scène est le geste de Jésus se penchant hors de sa crèche pour venir déposer un baiser sur la joue de Marie.
Parmi les douze panneaux relatant l’enfance du Christ figure d’ailleurs aussi une scène où Joseph donne le bain à l’Enfant…
L’article de Wikipedia « Retable des Clarisses » est très bien documenté si vous voulez en savoir davantage.
Samedi 5 Décembre : Jour 7
à l’église de Bad Wildungen (près de Kassel)

Conrad von Soest a peint en 1404 une scène très familiale aux multiples détails pour le retable de l’église de Bad Wildungen près de Kassel.
En arrière plan, un berger est prévenu par des anges, le bœuf et l’âne veillent. L’abri est plus sophistiqué.
On assiste à un geste de tendresse réciproque entre Marie et Jésus, tous deux nimbés d’or.
Pour la première fois, c’est Joseph qui est en avant plan : en père soucieux et aimant, ii est en train de raviver le feu sur lequel il prépare une bouillie….
Dimanche 6 Décembre : Jour 8
au musée de l’art médiéval à Vienne

Encore une Nativité très domestique ; on l’attribue au Maître de Salzbourg (1400) ; elle est conservée au Musée de l’art médiéval autrichien à Vienne .
Marie tend son fils aux deux sages-femmes pour le bain. Cette scène est très fréquente à l’époque byzantine et au Moyen Age et disparaîtra quand la Contre-Réforme catholique au 16ème siècle censurera les scènes tirées des textes apocryphes.
Tout est fait pour le confort de Marie et Jésus. Amusez- vous à relever tous les détails !
Lundi 7 Décembre : Jour 7
au musée des beaux-arts de Dijon

Œuvre complexe (1420) de Robert Campin, peintre flamand, exposée au Musée des Beaux-Arts de Dijon avec une multitude de détails, de contrastes, de symboles.
Nativité et Adoration des bergers à la fois, la scène se déroule de jour et pourtant Joseph tient une bougie, dont il protège la flamme (La naissance de Jésus est la lumière qui efface les ténèbres) ; l’enfant n’est plus emmailloté dans une mangeoire, mais nu, par terre, même pas sur le manteau blanc virginal mais bordé d’or de Marie comme on le voit souvent, (allusion aux visions mystiques de sainte Brigitte de Suède : « Marie enleva son grand manteau blanc, retira son voile et dénoua ses cheveux blonds. Elle prépara des langes près d’elle, puis se mit à genoux. Pendant qu’elle priait, mains levées, l’Enfant naquit soudain, sans aucune aide, environné d’une vive lumière. Il était nu sur le sol »).
Le corps malingre de l’enfant souligne la décision de s’incarner dans un enfant fragile. Par ailleurs, le bœuf se détourne, l’étable est en ruine, alors que les personnages portent des costumes somptueux.
Il faut admirer aussi le paysage minutieux, un tableau à lui tout seul, la vivacité des couleurs, les drapés des costumes. La grande rigueur, la minutie et l’attention portée aux détails dans la reproduction des objets et des paysages sont typiquement flamands.
Mardi 8 Décembre : Jour 10
à la Pinacotheca Civica de Forli

Cette Nativité de Fra Angelico peinte en 1428 se trouve à la Pinacoteca Civica de Forli.
C’est un tout petit panneau en bois de 24 X 16 cm, qui fait partie d’un diptyque dont le 2ème panneau représente la Prière au Jardin des oliviers. Ces tableaux étaient destinés à la dévotion privée.
Comme toujours, la scène réserve des surprises : regardez le bœuf et l’âne, ils sont agenouillés eux aussi, comme Marie et Joseph adorant l’Enfant sur son lit de paille…
Les anges ne chantent pas dans nos campagnes, ils dansent sur le toit de la crèche…
Mercredi 9 Décembre : Jour 11
à la Gemäldegalerie de Berlin

Ce tableau est la partie centrale d’un retable de Rogier Van der Weyden, immense peintre flamand. On peut l’admirer à la Gemäldegalerie de Berlin. Il a été peint entre 1445 et 1450.
Voir un nourrisson nu posé à même le sol nous choque aujourd’hui, mais il s’agit de signifier que Jésus assume dès sa naissance la condition humaine fragile et mortelle. Joseph tient à nouveau une petite bougie allumée.
Marie au centre du tableau illumine la scène avec sa robe blanche. Un personnage de plus : le donateur de l’œuvre, le chevalier Bladelin, en vêtements noirs. Les trois personnages agenouillés ont le regard baissé vers l‘Enfant. L’émotion est palpable.
Remarquons l’abri où se déroule la scène : une étable / chapelle en pierre soutenue par des murs aux fenêtres romanes d’un côté, par une colonne de l’autre côté. La scène se déroule non loin d’une ville, Middelbourg, fondée par Pierre Bladelin ; on aperçoit en haut à droite la rue principale. A gauche du tableau, le décor est champêtre : une prairie, des bois, des moutons, des bergers.
Jeudi 10 Décembre : Jour 12
à la National Gallery de Londres

Cette Nativité, réalisée vers 1470, est l’œuvre du maître du Quattrocento italien Piero della Francesca, auteur d’importants traités sur la perspective. Elle se trouve aujourd’hui à la National Gallery de Londres. C’est une de ses dernières œuvres, qui semble d’ailleurs inachevée.
Jésus est couché sur le manteau de Marie, au sol, les bras tendus vers sa mère, presque au centre de la composition. Marie est agenouillée, les mains jointes, vêtue de bleu (signe de la royauté céleste), blanc (virginité) et rouge (allusion à la future mort du Christ).
Un groupe de cinq anges chantant et jouant du luth et de la viole constitue l’arrière-plan immédiat de Jésus. Joseph, à droite, assis sur un bât, semble se désintéresser de la scène.
Derrière lui se trouvent les bergers, dont l’un, bras levé, désigne sans doute l’étoile.
L’étable rustique est en ruine, symbolisant l’Église que le Christ vient reconstruire. Une pie (symbole de joie) est perchée sur le toit. Derrière Marie, le bœuf baisse la tête tandis que l’âne gueule ouverte, naseaux retroussés, ajoute son braiment au concert des anges. Des éléments de paysage et de cité sont visibles au fond du tableau.
Ce qui frappe est la dominante bleue, froide.
D’ailleurs les treize acteurs se répartissent dans l’espace du tableau, mais ils ne se regardent pas, ne se parlent pas.
Œuvre énigmatique et fascinante comme toutes celles de Piero della Francesca.
Vendredi 11 Décembre : Jour 13
au Louvre à Paris

Fra Diamante est un peintre italien du XVème siècle, un frère carme de Florence, ami et assistant de Fra Filippo Lippi.
La scène d’adoration devant une maison-étable en ruine est relativement classique de même que le paysage au fond avec le berger et son troupeau. Les deux anges encadrent littéralement la scène. Le nourrisson est un beau bébé joufflu qui suce son pouce, bien éveillé, un bébé comme on les aime. On peut aussi remarquer les auréoles diaphanes de Marie, Joseph et Jésus.
Portons l’attention sur trois animaux inhabituels :
La colombe en haut au centre, c’est bien sûr l’Esprit saint. Elle figure souvent dans les nativités de Lippi.
Un lézard grimpe le long du mur : son immobilité au soleil en fait un symbole de contemplation de la lumière divine et le chardonneret sous l’ange de droite ? il peut être symbole de l’âme et de la résurrection, mais aussi du sacrifice.
Selon la légende, le front rouge du chardonneret symbolise les taches de sang du Christ dans la Passion, Il aurait aussi tenté de retirer les épines de la couronne du Christ…
A l’avant plan, le bâton de voyage de Joseph et sa gourde, comme quoi symbolique et détails prosaïques peuvent parfaitement se côtoyer… L’œuvre date de 1465 et elle est exposée au Louvre.
Samedi 12 Décembre : Jour 14
à la Gemäldegalerie de Berlin

L’œuvre du jour se trouve à la Gemäldegalerie de Berlin (1480), mais son auteur a œuvré en Alsace ; il est même né à Colmar. Si je vous dis « Vierge au buisson de roses », vous me répondrez Martin Schöngauer et vous aurez raison.
Marie, Joseph, les trois bergers, l’âne, le bœuf, tous ont le regard baissé, tourné vers l’Enfant. Adoration, atmosphère de paix, de sérénité …
Ceci n’empêche pas les détails plus prosaïques : au premier plan, le bâton et le baluchon de Joseph, rappel de la route vers Bethléem.
Quand les musées rouvriront, pourquoi ne pas aller au musée Unterlinden admirer les gravures et le très beau retable des Dominicains, de celui qui fut surnommé le « beau Martin » en raison de la grâce et du fini de son travail, ou plus probablement en raison du raccourcissement de son patronyme en Martin Schön (schön = beau).
Dimanche 13 Décembre : Jour 15
au musée Rolin à Autun

La Nativité avec le portrait du cardinal Jean Rolin est attribuée au dit Maître de Moulins datant de 1480 et conservée au musée Rolin de la ville d’Autun.
Le style est celui des primitifs flamands : les collines bleutées du paysage du fond, les bergers en conversation, taille des personnages encore en perspective signifiante (Marie est manifestement plus grande, les anges penchés sur le berceau en attestent).
On retrouve les éléments symboliques classiques de l’iconographie chrétienne :
• le bleu marial (vêtement de Marie),
• le rouge de la Passion du Christ (robe du cardinal),
• le blanc de la Pureté (visage et coiffe de Marie, l’hermine de la cape du cardinal, le pelage de son chien),
• la fidélité incarnée par le chien.
La carnation de Marie (mains et visage) est particulièrement blanche (la marque de son origine noble), les autres protagonistes ont une carnation plus sombre, liée à leur origine plus terrienne ou populaire.
Remarquons aussi qu’un linge a été placé sous l’Enfant pour le protéger du foin de la mangeoire.
Le musée d’Autun a mis en ligne une petite vidéo commentant cette œuvre.
Voici le lien :
https://youtu.be/p4_RBSZDtOk
Lundi 14 Décembre : Jour 16
à l’église de la Sainte Trinité à Florence

Nous sommes à la toute fin du 15ème siècle, entre 1482 et 1485. Domenico Ghirlandaio a peint cette Nativité pour l’église de la Ste Trinité à Florence.
Nativité ? oui, mais aussi Adoration des bergers et … regardez à gauche : un cortège royal à cheval descend le long du chemin, les Rois mages, mais oui, arrivent aussi.
Ghirlandaio a uni dans cette œuvre les textes de deux évangiles : l’annonce aux bergers figure chez Luc, mais la venue des mages est narrée par Matthieu.
Notez que les plus modestes sont arrivés les premiers…
Marie, les bergers sont en adoration devant l’Enfant ; même le bœuf et l’âne semblent bien attentifs ; Joseph se tourne vers le ciel. Jésus repose sur le manteau de Marie au pied d’une mangeoire ressemblant à un sarcophage antique, comme les colonnes soutenant un pauvre toit en ruine.
Nous retrouvons tout au bas du tableau un chardonneret, annonce de la passion.
Observez les mains et les regards, ils parlent …
Mardi 15 Décembre : Jour 17
à la National Gallery de Londres

Cette peinture (108,5 × 74,9 cm) exécutée, autour de 1500-1501, par Sandro Botticelli, et conservée à la National Gallery de Londres, était sans doute destinée à la dévotion privée d’une noble famille florentine.
La grotte de la Nativité est située au centre de la composition. Elle est constituée d’un relief rocheux très stylisé, ouvert vers son fond laissant entrevoir un bois couvrant tout le fond de la composition avant un ciel dégradé de bleu ; une étable en devant est constituée d’une toiture en paille soutenue par deux troncs d’arbres et des étais. La Sainte Famille y est placée : Jésus au centre sur une auge couverte d’un drap blanc tend les bras vers Marie, sa très gracieuse maman, agenouillée, les mains jointes adorant son Fils ; Joseph est assis par terre somnolant. Derrière eux, au-delà de leur mangeoire, se trouvent le bœuf et un âne placé plus en hauteur.
Sur la gauche de la crèche, un ange vêtu de rose accompagne trois personnages, portant cape et vêtus d’ocre, de rouge et de vert, couronnés de rameaux d’oliviers.
En regard à droite, un autre ange, habillé de blanc montre l’Enfant à deux personnages agenouillés, jambes nues, chaussures percées.
Au-dessus de la toiture de la crèche se trouvent trois anges avec des habits blancs, rouges et verts. Ils entonnent un chant en tenant un livre de chant entre les mains.
Mercredi 16 Décembre : Jour 18
à la Gemäldegalerie de Dresde

Nous voilà au 16ème siècle à présent, vers 1530 : cette Nativité est aussi appelée « La Nuit ».
De l’Enfant émane une éclatante lumière, si forte qu’elle fait reculer les bergers, les obligeant à protéger leurs yeux. Des anges sont tassés en haut à gauche, eux aussi éclairés par la lumière divine. Bien sûr, l’on ne peut qu’admirer la beauté de Marie illuminée, irradiée par son Fils.
L’œuvre est d’Antonio da Corregio et elle est visible à la Gemäldegalerie de Dresde.
Jeudi 17 Décembre : Jour 19
à Palerme

Voici la seule Nativité que vous ne pourrez admirer que sur papier ou fichier.
En effet, elle a été volée en 1969 à Palerme et n’a jamais été retrouvée. Cependant, elle a été remplacée par une reproduction numérique à son emplacement d’origine, l’oratoire San Lorenzo.
Le titre exact est « La Nativité avec St François et St Laurent ». Elle avait été peinte en 1609 par le génial et sulfureux Caravage. Saint François et saint Laurent sont placés de part et d’autre de la scène. Le personnage tout à droite s’appuyant sur un bâton serait Fra Leone, un compagnon de St François. Un ange en mouvement domine la scène; un de ses bras désigne le ciel et l’autre pointe vers Marie, assise, les yeux mi-clos, dans une attitude qui exprime la fatigue. Cependant, elle est totalement absorbée dans l’adoration de l’Enfant et comme illuminée par son reflet.
Tout tourne autour d’elle et de l’Enfant couché sur la paille.
Qui est alors le personnage qui tourne le dos au spectateur dans une position tout à fait originale, le corps tourné vers l’Enfant, la tête se dirigeant vers Fra Leone ? Joseph, mais oui, bien loin du vieillard habituel !
Nous retrouvons ici ce qui a fait la célébrité et l’originalité du Caravage : des modèles choisis dans la rue et une lumière arrivant selon un axe oblique, un usage novateur du clair-obscur.
Vendredi 18 Décembre : Jour 20
à la nouvelle pinacothèque de Munich

Au premier plan, notre oeil est immédiatement attiré par le drap jaune sur lequel repose une jeune tahitienne en paréo, totalement abandonnée. Marie ? mais oui, on distingue une très discrète auréole autour de sa tête. Après ce plan horizontal des poteaux verticaux délimitent un 2ème tableau : Une femme assise tient Jésus (auréole lui aussi) dans ses bras, tandis qu’un personnage se tient debout tel un veilleur plein de sollicitude. Serait-ce un ange ? on distingue des ailes vertes dans son dos. Enfin, troisième tableau : l’étable avec ses bovins.
Suivons la ligne oblique formée par les 4 visages, ils sont tous reliés les uns aux autres.
Te tamari no atua est sans doute l’une des Nativités les plus surprenantes de l’histoire de la peinture : pas de Joseph, le divin enfant relégué à l’arrière-plan, et une Marie en paréo semblant épuisée par l’accouchement.
Gauguin n’a pas cherché à choquer, ce tableau avait été commencé dans la perspective de la naissance de l’enfant de Gauguin et de la jeune femme avec qui il vivait et il a été achevé fin 1896 après que la jeune femme ait mis au monde une petite fille qui mourut en quelques jours; il s’agirait alors d’une superposition de cette naissance et de celle du Christ .
Samedi 19 Décembre : Jour 21
à la Nolde Stiftung de Seebüll

Cette Nativité expressionniste de 1911 est l’œuvre d’Emil Nolde, peintre natif de la campagne du Nord de l’Allemagne, marqué par Van Gogh, Gauguin et l’art primitif.
C’est la première d’un ensemble de neuf scènes, consacré à la vie du Christ (Das Leben Christi) sur une toile de plus de six mètres sur deux, exposée à la Nolde Stiftung de Seebüll.
Marie, radieuse, tend l’Enfant qui vient de naître vers le ciel, elle le porte littéralement aux nues, en totale admiration ou adoration tout comme Joseph. Les bergers accourent, l’âne est à la mangeoire. L’étoile luit tout en haut dans le ciel sombre.
La peinture expressionniste est caractérisée par de simples aplats de couleurs vives, des lignes acérées, sans recherche de perspective, mais cherchant à exprimer des sentiments.
Dimanche 20 Décembre : Jour 22
collection particulière

Oui, c’est bien une Nativité, comme l’indique son titre.
Alfred Manessier l’a peinte pour Noël 1946, elle fait partie d’une collection particulière.
Alfred Manessier est l’un des maîtres de l’art sacré non figuratif qui a marqué le renouveau de cet art pendant la 1ère moitié du XXème siècle. Il a réalisé beaucoup de cartons de vitraux. Parmi les plus connus figurent ceux du Bréseux (Doubs) et ceux d’Abbeville, mais aussi de Saverne et de St Dié.
Cette œuvre fait bien sûr penser à un vitrail de par son format, ses couleurs notamment.
Le seul élément reconnaissable est l’étoile qui brille tout en haut. Pour le reste, à nous d’y mettre ce que le thème nous inspire…. à nous de contempler .
Lundi 21 Décembre : Jour 23
au palais archiépiscopal de Malines en Begique

Cette œuvre « Naissance à Bethléem » est la troisième (sur onze) d’un polyptyque sur l’enfance du Christ, exposé au palais archiépiscopal de Malines (Belgique).
Arcabas , de son vrai nom Jean-Marie Pirot, a peint ce cycle entre 1995 et 1997.
L’on peut admirer une grande partie de son œuvre au Musée d’Art sacré de St -Hugues-de- Chartreuse.
Un personnage debout occupe tout le côté gauche : Joseph, solide, mais aussi attentif à ne pas laisser s’éteindre la flamme de la bougie qu’il tient dans ses mains. La flamme le traverse et le rend comme transparent sur le mystère qui advient.
Il veille aussi à ne pas réveiller Marie et Jésus. Le nouveau-né est blotti contre sa mère. Tous deux sont couchés sur la paille, enveloppés dans une chaude couverture bleue. Marie, étonnamment paisible, entourant de toute sa tendresse ce petit enfant, accomplit son œuvre d’espoir et de promesse. Ses mains en croix forment protection et bénédiction au-dessus du bébé endormi.
Au-dessus, tel un vol d’oiseaux, trois angelots dans une gloire dorée, veillent sur eux. Celui du bas contemple la scène, penseur, la tête dans la main. L’âne et le bœuf soufflent leur haleine réchauffante de leurs naseaux fortement mis en lumière.
Douceur, chaleur, tendresse ….
Mardi 22 Décembre : Jour 24

François-Xavier de Boissoudy, depuis sa conversion en 2004, s’inscrit dans le mouvement d’art sacré contemporain. Il a réalisé ce lavis d’encre en 2016.
Cette technique de lavis est personnelle à l’artiste, car il laisse l’eau agir sur le dessin qu’il a tracé, créant des matières et des formes acquises grâce à l’intervention de l’eau, afin de donner une place à un acteur qui n’est plus lui. Une certaine disposition à la dépossession.
Cette Nativité 1 est d’une grande originalité. Le spectateur ne voit pas forcément du premier coup d’œil, Marie, Joseph et Jésus entre les pattes de l’âne qui sert de cadre à la scène.
La sainte famille est en arrière-plan, dans la lumière émise par l’Enfant.
L’artiste a choisi de mettre en valeur l’âne parce qu’il est symbole de protection, d’humilité, de paix et de simplicité.
« Mes toiles ont un seul objectif : montrer le réel augmenté du spirituel, se matérialisant dans le surgissement de la lumière. Il n’y a plus aucun sujet pour moi sans cette lumière présente dans le monde, qu’elle se reflète dans un verre d’eau, un paysage ou au travers d’une scène humaine. Une lumière douce et bienveillante, silencieuse, épousant la réalité charnelle. Elle n’aveugle pas, elle n’anéantit pas, elle révèle. Mon rôle n’est pas de mettre en scène, mais de témoigner, dans une société où l’art contemporain est trop souvent régi par une négation du réel. Témoigner de cette sacralité vivante et incarnée. »
Mercredi 23 Décembre : Jour 25
à Bethléem
Une jolie petite crèche montée l’an passé dans un hôtel de Bethléem par l’artiste Banksy dont on ignore l’identité, mais que l’on connaît surtout par son art urbain. Des messages de paix figurent sur le fond…


Il y a certes une étoile au-dessus de la crèche (ou une croix ?), mais dessinée par des éclats de projectile. Le mur du fond est un mur de séparation … Le titre de l’œuvre est La Cicatrice de Bethléem.
Nous voilà rattrapés par l’actualité, la situation dans le monde….
Jeudi 24 Décembre : Jour 26

Cette crèche a été présentée en 2019 à l’abbaye royale de Fontevraud. Elle est l’œuvre de Goudji, surnommé « l’orfèvre du sacré ». La « Nativité de Goudji » est sans doute l’une des premières crèches d’argent battu et de pierres de couleur dans l’histoire de l’orfèvrerie. Elle comporte 9 pièces.
Orfèvre, Goudji conjugue la technique de la dinanderie avec l’incrustation de pierres dures dans le métal, une innovation qu’il a élaborée seul. Il crée toujours des œuvres uniques, selon une technique très personnelle. Chacune naît de ses propres mains, d’une simple feuille de métal, principalement l’argent, martelée. Orfèvre avant tout, il ne travaille que les métaux précieux.
Il a commencé par créer des bijoux, puis des objets et enfin du mobilier liturgiques. Quand il intervient dans une église, il réinterprète tout ce qui se trouve dans le choeur : maître-autel, sièges, luminaires, crucifix … Unité, harmonie et beauté.
Si vous passez à Tournus, Autun, mais aussi Chartres ou Lourdes …

Enfin, une Nativité choisie pour illustrer tout notre parcours et que j’aime par la proximité et la chaleur qui s’en dégage et dont nous manquons cruellement . Je ne la commenterai pas, sachez simplement qu’elle date de 1404 et est de Taddeo di Bartolo.
Francine Pfeffer